Ecole Pasteur / 05 200 EMBRUN ..................................................................................... N°13 / Juin 2003

"LE RETOUR DU PETIT CANARD"

 

 "Spécial 100 ans de l'Ecole Pasteur"

 

Directeur de la Publication : Dominique MOULIN ....................................... Dépôt Légal : 98-012

___________________________________________________________________

Editoriaux

 Notre Ecole Pasteur fête ses 100 ans

L' « école de Jules Ferry» a 20 ans lorsqu'Embrun décide de se doter d'une école élémentaire de filles sur le Boulevard Pasteur.

L'école laïque, gratuite et obligatoire, vecteur des idées républicaines de «Liberté, d'Egalité et de Fraternité " est considérée, alors, comme un pas décisif dans la modernité. La véritable nouveauté réside, en fait, dans la démocratisation de l'instruction. Le savoir, jusque là réservé à certains, pénètre alors les foyers les plus modestes. Tout enfant peut désormais, lui aussi, cultiver son talent naturel et accéder à la promotion sociale par son développement personnel.

En tant que maire d'Embrun, je salue l'initiative de mon prédécesseur, Auguste Arduin, premier magistrat de la commune de l'époque et je songe à l'espoir et à l'avenir que représentaient alors pour cette équipe d'élus, une telle construction et un projet de cette envergure.

C'est non sans émotion que je me souviens de mes premiers pas à l'école Pasteur, qui n'était encore qu'une école de filles. Les images défilent: les premières lettres tracées à la craie sur le tableau noir, le b-a ba des mathématiques à l'aide des dix doigts, les pâtés d'encre de l'écriture malhabile, les comptines, la marelle à la «récré», les petits secrets entre camarades …

Tous ces petits moments de bonheur, sous l'œil vigilant de mes institutrices, Mesdames Lagier ou Achin, sont présents dans ma mémoire et ont été partagés par d'autres enfants d'Embrun depuis 100 ans.

Je souhaite qu'ils le soient encore pendant fort longtemps dans ce bâtiment qui fait aujourd'hui partie intégrante de l'Histoire d'Embrun et des Embrunais.

Joyeux Anniversaire!

Chantal EYMEOUD / Maire d'Embrun

 

Heureux Anniversaire à l'Ecole Pasteur qui fête ses 100 Ans

1903, une école de filles est inaugurée à EMBRUN. Cette même année, Marie Curie est la première femme à recevoir le prix Nobel.

Que de chemin parcouru depuis que l'enseignement primaire est laïque, gratuit et obligatoire pour les filles et les garçons!

Hier, l'école obligatoire arrachait les petits paysans au dur travail de la terre. Elle soustrayait de nombreux enfants à la nécessité économique, dans un monde où les destins étaient scellés très tôt. L'école était alors synonyme de liberté et la scolarisation permettait d'échapper aux déterminations sociales. L'Etat et les communes s'associaient pour élever en plein cœur des cités, des bâtiments destinés à accueillir des enfants autour de leurs maîtres et ainsi, les mettre dans d'excellentes conditions pour recevoir les premiers rudiments d'instruction, de culture et d'éducation. Depuis un siècle maintenant, les enseignants qui se sont succédé, à l'école Pasteur comme dans de nombreuses écoles ont eu à cœur d'assumer avec conviction la principale mission de l'école: éduquer, intégrer et socialiser.

 

«Un homme instruit en vaut deux: celui qui sait lire peut s'informer, comparer, discuter et choisir en connaissance de cause. Il sera toujours plus libre que celui qui ne sait pas le faire.»

 

Depuis, cette mission s'est adaptée à la modernisation de notre monde, l'instruction et l'éducation doivent préparer les élèves à un monde nouveau en perpétuel mouvement.

L'article premier de la loi d'orientation de 1989 stipule que le droit à l'éducation est garanti à chacun afin de lui permettre de développer sa personnalité, d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, d'exercer sa citoyenneté. Pour cela, les élèves de notre siècle continuent d'aller dans une école pour travailler autour de leurs maîtres et cela laissera de nombreuses images de souvenir dans les mémoires quand ces enfants devenus adultes, accompagneront leurs propres enfants à l'école…

Certains ont la chance d'envoyer leur enfant dans l'école où ils ont eux-mêmes découvert les plaisirs de la connaissance et peut-être même, où leurs parents avaient usé leurs premières culottes… C'est le cas pour les Embrunais, qui depuis un siècle peuvent attendre devant l'école Pasteur pour voir bavarder, courir, crier et rire les enfants de la ville au moment de leur sortie de classe…

Il y a 100 ans, M. Athané, inspecteur d'Académie des Hautes-Alpes présidait l'inauguration de l'école Pasteur. Je suis ravi de lui succéder pour fêter cet anniversaire et constater que cette école est toujours aussi jeune et dynamique. Je lui souhaite longue vie encore…

Daniel AMEDRO / Inspecteur d'Académie des Hautes-Alpes

 

Notre école a 100 ans ... occasion rêvée de faire découvrir à nos jeunes bambins des vestiges du passé retrouvés dans la cave de leur école.

 

Tous ces vieux livres, vieux cahiers écrits à l'encre ont suscités chez eux curiosité, étonnement, admiration et questionnement. Quelques unes de leurs aînées ont pu leur faire revivre cette période (parfois un peu embellie avec le temps) et répondre à leurs interrogations.

Les élèves ont aussi rapporté à l'école les cahiers, les livres, les plumes de leur "vieux papy" ou de leur "vieille mamie".

 

Tous ces trésors figureront dans l'exposition que nous préparons pour le mois de juin ...

 

Ce retour dans le passé fut aussi l'occasion de leur rappeler l'importance de l'école, de l'éducation, seul moyen de faire disparaître les inégalités sociales. C'était "l'école pour tous" de Jules Ferry, gratuite, laïque et obligatoire ...

Les instituteurs étaient les "fils de 1889" et devaient faire aimer la République. Ils étaient, selon les mots du poète Charles Peguy, les "Hussards Noirs de la République"...

 

Ces valeurs ont été souvent "bousculées" dans notre monde où consommation et plaisir viennent souvent perturber les esprits. Chaque enseignant le sait bien et connaît sa peine à transmettre le goût de l'effort et de la réussite.

 

Mais, en cette période troublée, nous conclurons qu'au delà de toutes nos différences, nous nous sentons toujours unis, solidaires pour défendre cette école dont nous sommes fiers.

 

L'Equipe enseignante de l'Ecole Pasteur


 Sommaire

 ...



Centenaire de l'école Pasteur / Témoignages

Ainsi, notre école Pasteur a 100 ans. Elle n'a pas trop vieilli, étant, sans doute bien entretenue. J'étais élève, dans cette école de filles, au début des années trente. Il y avait, je crois, quatre classes. La cour donnait sur le champ de foire. Elle était bordée de jardins fleuris où se promenait la tortue Sidonie.

On commençait la journée en chantant. Suivait la traditionnelle leçon de morale qu'aucun instituteur n'aurait manquée. On l'aimait bien, cette leçon, car elle comportait presque toujours une histoire qui devait être exemplaire.

On écrivait ensuite une maxime sur le «cahier du jour», c'est à dire le cahier de tous les devoirs de classe. On avait aussi, bien sur, le «cahier du soir». Tous écrits à l'encre violette, avec les plumes «sergent-major» qui n'avaient pas la douceur des stylo-billes et griffaient quelquefois le papier. Mais elles permettaient de faire les «pleins» appuyés et les «déliés» légers.

Les élèves, des filles seulement, à cette époque, n'étaient pas toutes des génies, bien entendu, mais se tenaient sages et respectueuses. (Aïe ! n'exagérons rien ! Je plaisante) Quoique le sport ne soit pas à l'honneur, nous avons eu la chance d'avoir, pendant quelque temps, une femme, professeur de gym, qui nous faisait faire quelques mouvements dans la cour et qui, surtout, nous avait appris le merveilleux jeu du ballon prisonnier. Nous y jouions chaque fois que c'était possible, prenant de belles suées. Cela nous changeait des tranquilles jeux de petites filles: la marelle, les osselets, la corde à sauter...

Il y avait une femme de service pour l'entretien des classes. Mais je me souviens avoir fabriqué comme mes camarades, dans un baquet de bois, le «petri» ,fait de poussière de houille mélangée à de l'eau. Ce pâté, bien allumé, réussissait à nous donner de la chaleur.

Nous repartions avec un cartable léger : un ou deux cahiers, deux ou trois livres plats où n'abondaient pas les illustrations, de petite taille et en noir et blanc. Pas de voiture pour rentrer chez nous, mais une joyeuse promenade avec les copines.

Jours dorés de l'enfance, que le souvenir embellit...

Odette Hugues-Izoard

_________________________________________

 

J'ai eu la chance de fréquenter l'Ecole Pasteur dans les années 1960-1965. On l'appelait encore l'Ecole de Filles du Boulevard Pasteur. Nous n'étions qu'entre filles, avec des maîtresses uniquement (les hommes étaient pour les garçons, l'école n'étant pas encore mixte).

Notre école n'avait pas encore été "modernisée" : nous avions de petits bureaux avec chaises attenantes ; les trous dans le bois recevaient les encriers blancs que nous remplissions à tour de rôle avec une encre violette, d'une odeur très particulière. Les stylos-billes commençaient à faire leur apparition, mais pas encore à l'école !

Le poêle à charbon trônait au milieu de la pièce, en face du bureau de la maîtresse, perché sur une estrade. De là, elle surveillait ses élèves qui se montraient dociles et respectueuses de son savoir.

Merci, chères maîtresses, de nous avoir fait découvrir le monde et aimer notre Patrie au cours des quelques minutes consacrées à la morale, tous les matins, en commençant la classe. Je pense en particulier à Mme Escallier et à Mme Achin (disparue cette année, institutrice dévouée et emblématique qui aurait sûrement apprécié ce centenaire de l'Ecole Pasteur).

Evelyne Larrouturou

 

 

Retour Sommaire ............................Retour Haut de page